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ISORG veut devenir un pionnier des capteurs organiques de grande surface

08/09/2010


Fondée le 21 mai dernier suite à un essaimage du CEA LITEN, cette toute jeune start-up grenobloise ambitionne de produire dès 2013 des photodétecteurs et capteurs d'images organiques de grande surface à base d'un procédé de fabrication par impression.

Bien que de nombreuses start-up dédiées à l'électronique organique imprimable aient vu le jour ces dernières années au Royaume-Uni et en Allemagne, il serait caricatural en Europe de limiter ce secteur à cette vision bicéphale. Ainsi, plusieurs laboratoires de R&D français travaillent sur le sujet, à l'image du CEA LITEN (Laboratoire d'innovation pour les technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux) de Grenoble qui possède un laboratoire dédié (Laboratoire des composants imprimés). Il reste toutefois à franchir l'étape de l'industrialisation.

Cette étape pourrait reposer à moyen terme sur les épaules de la toute jeune start-up grenobloise ISORG (Image Sensor ORGanic). Issue justement d'un essaimage du CEA LITEN et fondée le 21 mai dernier par le trio Jean-Yves Gomez (Pdg), Laurent Jamet (responsable business développement) et Emmanuel Guérineau (directeur financier), ISORG a choisi de se positionner sur une gamme de produits originale : des photodétecteurs et capteurs d'images organiques imprimables de grande surface.
Il est vrai que les start-up qui se consacrent à l'électronique organique se tournent plus volontiers vers les afficheurs (écrans Oled, afficheurs souples pilotés par matrice active à transistors polymères), les LED organiques (Oled), les étiquettes RFID, les cellules photovoltaïques ou bien encore les photodétecteurs et capteurs d'images mais de surface réduite. Du coup, les ambitions d'ISORG sont pour le moins élevées. « Nous avons en main les clés pour devenir une société pionnière et un leader mondial dans le domaine des photodétecteurs et capteurs d'images de grande surface et de hautes performances : une technologie de rupture, un positionnement unique et un fort potentiel industriel », indique Laurent Jamet, responsable business développement et cofondateur d'ISORG.

Le potentiel de cette technologie trouve sa source dans les avantages connus de l'électronique organique, mais aussi dans ses performances intrinsèques qui siéent bien à l'application visée, comme le précise M. Jamet : « l'électronique organique imprimable permet d'offrir des fonctionnalités encore non offertes par les solutions en silicium, comme la possibilité de réaliser des capteurs d'images de grande surface (jusqu'à 30 x 30 cm pour l'instant), à base d'une matrice de photodiodes organiques sur substrat ou feuille plastique, qui soient à la fois fins, légers, souples, peu onéreux, tout en étant performants. Notre technologie possède en effet la propriété de couvrir les spectres visibles et proches infrarouges, grâce à des matériaux dérivés du photovoltaïque polymère, et ainsi de réaliser des capteurs large bande ou même des capteurs sélectifs accordables ».

A ce jour, cette technologie autorise la détection spectrale de 400 nm à 1 100 nm mais l'extension du spectre de détection jusqu'à 1 400 nm fait actuellement l'objet de nombreux projets de recherche. Les débouchés potentiels pour ce type de composants sont par conséquent nombreux, en particulier dans les applications domestiques et bureautiques (scanners, interfaces tactiles), l'optoélectronique (afficheurs, éclairage), l'industriel (photométrie, spectrométrie, colorimétrie, inspection non destructive), la santé (imagerie médicale, capteurs médicaux, monitoring cardio-vasculaire) ou bien encore la sécurité (biométrie, détecteurs de présence, scanners de sécurité).

Malgré sa jeunesse, ISORG a déjà dévoilé une feuille de route précise qui prévoit la réalisation de démonstrateurs fonctionnels dès cette année et le lancement d'une production de photodétecteurs sous forme de barrettes de pixels pour 2013. L'année suivante devrait marquer le lancement de la production de matrices de pixels pour la capture d'images de grande surface. Et quand on lui parle d'objectifs très, voire trop ambitieux, M. Jamet préfère parler de « stratégie de développement agressive qui s'inscrit dans la politique globale de développement industriel de la région Rhône-Alpes qui souhaite créer un grand pôle technologique et industriel à vocation internationale ». Le défi sera sans doute difficile à relever mais force est de constater qu'ISORG possède des atouts de choix, à commencer par son partenaire de R&D, le CEA LITEN, qui possède plusieurs brevets dans le domaine de l'électronique imprimable. De plus, la start-up peut également s'appuyer sur une vingtaine de personnes du laboratoire ainsi que sur la petite ligne de prototypage dont il dispose.

Autre atout : le soutien financier de deux investisseurs de poids, à savoir Neptune Technologies et CEA Investissement. ISORG n'a toutefois pas souhaité communiquer sur le montant des fonds qui lui ont été alloués jusqu'ici. Signalons également que la start-up a déjà noué plusieurs partenariats, notamment avec le centre grenoblois pour l'innovation en micro et nanotechnologies Minatec, et avec différents fournisseurs de matériaux organiques. Elle est également membre de Minalogic, un pôle de compétitivité mondial dédié aux micro et nanotechnologies et au logiciel embarqué, ainsi que de plusieurs organisations professionnelles telles que l'OE-A (Organic Electronics Association), l'Optics Valley et le Gixel. Enfin, la société vient tout juste de procéder au recrutement d'un chef de projet.

Pascal Coutance
START-UP DU MOIS
STRATEGIE / ENTREPRENDRE
 ELECTRONIQUES-N°8 Septembre 2010

photo © Artechnique/CEA